[Breakingthesilence] Gender Day : Les deux piliers du patriarcat (French)

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Mar 27 Juil 03:18:23 CEST 2004


Salut à tou-te-s les gentes,

Here is my symbolic contribution to the "gender issue" of the PGA. Symbolic
because it's in French. But I hope somebody will perhaps find the time to
read it and translate some ideas if needed during the debates and after.
The main contribution of this essay is perhaps the description and
denonciation of "clitocracy" and it's effects on the prerogatives of the
state as an important part of the (post-)modern patriarcal system.

A+
Pascal

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***Les deux piliers du patriarcat ancien et moderne
(Contribution à l'établissement de relations libres et équitables entre
hommes et femmes en rapport avec le patriarcat, la phallocratie, la
clitocratie, la lutte des genres, le capitalisme le consumérisme et la
révolution sociale)(rien que ça ;)

Le patriarcat, en tant que système de domination, s'est toujours appuyé sur
les deux piliers complémentaires que sont les stratégies de pouvoir
changeantes des hommes et des femmes.

Le patriarcat dans l'histoire, c'est à l'origine la domination du père ou du
grand-père réel sur une famille ou une tribu réelle, puis par extension la
domination du père symbolique, l'état, l'institution sur une famille
symbolique, la nation, le peuple, les administrés. Le pouvoir des
institutions est patriarcal en ce sens qu'il relève non seulement de la
force brutale ou protectrice mais aussi de valeurs éprouvées censées faire
prospérer le groupe. A proprement parler le patriarcat est autant celui du
"grand-père" que du "père". Dans les sociétés patriarcales, l'homme, même
d'âge mûr n'a souvent pas d'autre pouvoir que celui que lui délègue le
patriarche. Dans un système patriarcal, les "pères" sont durablement
"mineurs" et soumis à l'autorité jusqu'à un âge avancé. Le pouvoir qui leur
est délégué est quasiment inexistant ou étroitement conditionné et contrôlé,
sauf en ce qui concerne leur femme ou leurs enfants (ce qui, nous allons le
voir change radicalement dans le patriarcat contemporain). Socialement, leur
devoir est l'obéissance jusqu'au décès du patriarche, décès qui ne survient
jamais lorsque la figure patriarcale est symbolique comme c'est le cas dans
l'état-nation moderne, dans l'administration publique ou l'entreprise
privée.
Dans la société patriarcale, la domination, le contrôle et très souvent la
perversité du pouvoir s'exerce d'abord sur l'homme qui les répercute ensuite
sur la femme et sur les enfants.

*** Les stratégies des genres dans le patriarcat

Le patriarcat tribal a favorisé les mâles, et en fait les principaux
instruments -perpétuellement humiliés par ailleurs- de l'ordre institué.
Cette gratification donnée aux mâles, la phallocratie, masque la réalité de
leur statut au sein du patriarcat : victimes d'un ordre qui en les réduit
perpétuellement au rôle d'exécutant et dont bien souvent la seule
compensation sera d'exercer à leur tour un pouvoir sur leurs subordonnés,
sur les femmes et les enfants.
Dans ce contexte, qui est celui de beaucoup de sociétés dans le monde, les
femmes accèdent à leur tour à la reconnaissance sociale par l'engendrement
d'enfants mâles. Elles prennent alors leur revanche ou leur part de pouvoir
en tant que mères en élevant cet enfant mâle comme un champion, un dominant,
destiné à la défendre, certes, mais aussi à laver les humiliations subies
par l'homme, le père de famille. Elles participent ainsi directement et
activement à la transmission par l'éducation des comportements de domination
et des valeurs du patriarcat, et à sa perpétuation dans les générations.

*** la fonction du pouvoir des femmes dans le patriarcat moderne

Les analyses féministes du patriarcat ont avant tout consisté à dénoncer la
phallocratie et visé à émanciper la femme de la domination masculine,
rajoutant un volet sexuel à la révolution libérale (de droite) ou sociale
(de gauche). Pour ce faire, en bonnes contemporaines de la modernité
politiques, elles en ont appelé à l'état libéral qui a trouvé là sa
meilleure justification pour renforcer le contrôle et l'ordonnancement
administratif direct de la vie privée et familiale, sphères relevant
jusqu'alors des libertés privées ou du contrôle patriarcal exercé par les
hommes eux-mêmes. Il leur a échappé que le patriarcat moderne est par
excellence incarné par l'état et le pouvoir institutionnel lui-même et que
c'est lui qui incarne désormais la figure symbolique de grand mâle dominant
tout le groupe et toutes les femelles. Loin de s'en trouver affaibli le
système du pouvoir et des valeurs patriarcales, n'a fait que gagner une
sphère supplémentaire à régenter directement, en évinçant ses rivaux que
sont les hommes réels.

Dans le patriarcat moderne, où la réalité du pouvoir est désormais instituée
socialement et politiquement par le capitalisme (gouvernement des
entreprises par les actionnaires) et par l'état-nation (gouvernement
politique et administrations), les hommes sont encore et toujours à la fois
soumis au pouvoir et sollicités à l'exercer. Mais il en va désormais de même
pour les femmes qui peuvent à leur tour s'emparer de certains rouages de la
machine du pouvoir, lui donnant l'impression de pouvoir le contrôler ou
l'infléchir. Là est peut-être l'origine de l'illusionnement paradoxal des
féministes dans leur espoir d'une émancipation pour les femmes par le
truchement de l'état patriarcal lui-même. Or l'accession au pouvoir des
femmes n'a rien de subversif pour le pouvoir patriarcal et ne le dénature en
rien. En lui ont toujours coexisté de façon complémentaires les deux
manifestations genrées de l'exercice du pouvoir, celui des hommes et celui
des femmes. Pour mieux comprendre le patriarcat moderne et ses enjeux, il
convient de décrire plus précisément ces modes genrés d'association au
pouvoir. Il s'agit d'un côté de la "phallocratie", souvent décrite et bien
connue maintenant en ce qui concerne les hommes, et de l'autre chez les
femmes, d'une figure relativement nouvelle que nous nommerons ici la
"clitocratie".

** Phallocratie et clitocratie

Le système patriarcal s'appuie sur de larges sphères de la société qui
continuent à être phallocrates, c'est à dire de valoriser le fait d'être un
homme, d'être fort, d'avoir un pénis, de pouvoir en jouir et prétendre au
pouvoir de ce seul fait, y compris sur les femmes considérées comme une
sous-espèce, principalement du fait de leurs hormones, contraintes à tenir
le rôle traditionnel de prostituées ou de génitrices perpétuant tant
l'espèce que les principes et les comportements de la domination.

La clitocratie est l'attitude symétrique et complémentaire de la
phallocratie au sein du patriarcat devenu système et pouvoir. Elle valorise
le fait d'être femme, d'avoir un clitoris non intrusif et par conséquent
éthiquement supérieur au pénis, ce qui rend la femme mieux à même d'exercer
le pouvoir que les hommes. Les hommes y deviennent une sous-espèce tarée par
l'hormone qui les définit, la testostérone, dont on peut jouer à sa guise
par la séduction et jouir à volonté, mais dont il faut se prémunir à
l'avance des accès de violence par le recours à l'état, à une législation
appropriée, et un contrôle social seuls à même de réprimer les pulsions
congénitales qui font de tout homme un violeur, un incestueux ou un assassin
en puissance.
Désormais, toujours dans le cadre du patriarcat, les figures du pouvoir
moderne et libéral, l'état et ses administrations, dans leur effort
perpétuel pour tenter d'asseoir leur légitimité et à pousser en avant leurs
procédures de contrôle trouvent dans la clitocratie l'appui pour
disqualifier les hommes et imposer un contrôle social, y compris dans la
sphère de la vie privée ou de la famille, l'une des rares qui échappait
encore à l'emprise de l'état moderne.
De leur côté, les femmes en plein effort d'émancipation sociale et
professionnelle au sein des institutions, des administrations sociales, de
la justice, dans l'enseignement, pensent sincèrement contribuer à libérer
leurs semblables de la domination et de l'arbitraire masculin en militant
pour un contrôle social accru et l'intervention directe de l'état dans les
sphères privées et familiales.
Ce processus est largement médiatisé et s'appuye sur la réalité de la
violence masculine. L'état et son administration - figure du "père
symbolique" - devient directement inquisiteur et ordonnateur de la vie
privée et familiale, justifié qu'il est en tant que protecteur de la femme
(et de l'enfant) contre les "pères réels".
De leur côté, les phallocrates du système à différents niveau de la
hiérarchie des pouvoirs politiques, judiciaires ou médiatiques adhèrent tout
naturellement à cette logique qui revient sur le terrain en cas de
séparation à confier systématiquement la garde des enfants aux femmes - ne
sont-elles pas faites pour cela ? - ou bien à voir les femmes devenir
massivement clientes de la médiation et de la protection de l'état, de
l'institution, de l'aide sociale, ce qui correspond tout à fait à leur
conception de la femme : un être inconstant, faible et assisté en quête
perpétuelle d'une protection qu'ils vont s'empresser de lui assurer...

***La lutte des classes, modèle de la lutte des genres

Nous voyons comment phalocratie et clitocratie forment les deux pôles
complémentaires d'une dynamique qui légitime perpétuellement le recours à un
état fort et protecteur. Politiquement, ce recours est justifié tant à
droite qu'à gauche. Le recours à l'état pour assurer l'abolition des
privilèges politiques masculins se nourrit à droite par l'eprit républicain
où on est prêt à satisfaire toutes les demandes d'égalités politiques, y
compris celle d'un "quarts état" féminin pour autant qu'on ne remette pas en
cause le principe de la propriété privée et des inégalités économiques et
sociales qui en découlent. A gauche, la lutte des genres a pris modèle sur
celui de la lutte des classes et fait sienne l'analyse du socialisme
autoritaire où l'état était censé assurer de force l'égalité sociale et
économique au même titre que l'égalité politique.

***Le consumérisme et la consommation de l'autre genre

Le patriarcat moderne et le consumérisme s'alimentent mutuellement. Le
consumérisme commence par exacerber la phallocratie en réduisant la femme à
l'objet fantasmatique d'un désir masculin revisité par la publicité et la
généralisation de la pornographie. A destination de la femme, il valorise
les comportements d'achats liés à la séduction sur le modèle de ce que sont
censés être les fantasmes masculins. L'homme y est constamment invité à
consommer l'image de la femme, si possible virtuellement et de façon
marchande. Dans ses relations réelles, l'homme réduit par le discours
publicitaire aux seules valeurs de la séduction et de la puissance, est
incité à consommer les femmes sur le modèle don juanique. La femme existe au
service ou en tant qu'objet du désir de l'homme.

A la femme, le consumérisme adresse un double discours selon qu'elle est
"émancipée" ou non.
Là où existe encore la séparation patriarcale traditionnelle des rôles entre
l'homme et la femme, à l'homme revient à la fois la corvée et les
gratifications liées à l'exercice d'une profession, au rôle de producteur. A
sa femme, reléguée aux tâches ménagères et à celles peu valorisées de mère,
le consumérisme donne les compensations psychologiques liées aux
comportements d'achats. A l'homme "le pouvoir de produire", si possible sans
défaillir, à la femme "le pouvoir d'achat", si possible compulsif et
irrépressible. Cette économie domestique manipulée achève d'inféoder l'homme
à la production et à aliéner la femme dans la consommation à la mesure de
ses frustrations, et cela jusqu'à l'éclatement du couple ou de la famille.
A la femme "émancipée", et accessoirement aux minorités sexuelles dotées
d'un pouvoir d'achat, le consumérisme adresse désormais le même message
qu'aux hommes. L'homme-objet a fait son apparition à côté de la femme-objet.
A côté du "macho", décomplexé, apparaît désormais l'image de la clitocrate
décomplexée qui renvoie exactement au phallocrate la réplique de son
comportement. Les hommes existent pour être séduits, consommés ou bien pour
être mis au service économique ou domestique de la nouvelle clitocratie
émergeante.

***Sortir du patriarcat, c'est commencer par cesser de l'alimenter

Les appareils et des logiques du pouvoir patriarcal s'alimentent et
s'accommodent tant de la phallocratie que de la clitocratie. Et celles-ci se
nourrissent indifféremment des pratiques non-mixtes -fussent-elles à visées
émancipatrices - ou de pratiques mixtes ordonnancées par des pouvoirs, par
la société de consommation ou du spectacle, lesquels ne poursuivent jamais
la sincérité et l'équité dans les relations. Phallocratie et clitocratie
prospèrent également au coeur de l'état, qu'il soit libéral, social ou
autoritaire dès lors qu'il est érigé en garant des valeurs et en force
protectrice, ce qui n'est autre que la définition-même du patriarcat,
inchangée depuis des siècles quelles que soient ses formes, familiales,
tribales, étatiques.
La libre-association des êtres, non-fusionnelle, conditionnée par leurs
attentes, leurs besoins et leurs aspirations légitimes, la famille
non-autoritaire, les groupes et les assemblées sans chefs et sans
hiérarchies, vigilantes contre les prises de pouvoir, les perversions et les
aliénations - religieuses, politiques, consuméristes, spectaculaires ou
virtualistes- peuvent seules constituer le creuset d'une refonte sincère des
relations entre les genres, en même temps qu'une redécouverte de leur
nature, restaurée après des siècles, voire des millénaires de distorsions et
d'aliénation sous la pression des pouvoirs, de l'avidité, des manipulations,
des ambitions et des peurs.

Pascal
notv.info



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