[Pga_europe_process] article on the pga conference in french

ni co lu nicolu at chutelibre.org
Sat Aug 28 02:31:08 CEST 2004


here is an article of report about the pga conference made by sophie and
published in l'ire des chênaies (radio zinzine / longo mai's newspaper)

Les chiens aboient, la caravane passe.

Une dynamique qui prend du souffle et de la continuité en se nourrissant
paradoxalement de conditions chaotiques : voilà comment jaurais envie de
parler en une phrase de la 3ème conférence européenne de lAMP à Belgrade.
On avait participé à celle de Milan en 2001, en pleine hystérie des
contre-sommets -au printemps juste avant Gênes-, puis à une sorte de
deuxième étape plus calme et introspective à Leiden en 2002, chez nos ami-es
hollandais-es, on a donc continué le mouvement cet été 2004.
Quelques rappels sur lorganisation de PGA
Lidée est de faire fonctionner un réseau non centralisé, horizontal et non
formel, dont lexistence concrète apparaît au moment des conférences
régionales ou mondiales, les journées daction, ainsi que des listes de
discussion par internet (échanges dinformations sur les projets et actions
effectuées dans différents pays, réflexions politiques, organisations des
conférences et journées daction). La principale langue commune utilisée est
langlais, avec lespagnol qui revient aussi souvent. La logistique et la
coordination pour lorganisation dune conférence régionale sont en principe
assurées par le ou les convenor(s), ce qui signifie à peu près « groupe
convoquant », et dont le rôle est tournant. Les groupes ayant été convenors
de lAMP en Europe furent : les anglais-es de Reclaim the Street, ensuite Ya
Basta de Milan, puis en 2002 une coordination peu aboutie entre Eurodusnie
de Leiden et Le Mouvement de Résistance Globale de Catalogne. Depuis la
conférence de Leiden, le manque dun groupe/réseau suffisamment fort et
organisé pour organiser la prochaine conférence sest fait sentir, beaucoup
dappels du pied ont été lancés vers le non-réseau sans-titre français, et
ces bougres ont jusquà présent refusé. Il apparaissait néanmoins logique que
lAMP se tourne davantage vers lest de lEurope, cest pourquoi en janvier 2003
le groupe DSM de Belgrade a été, un peu par défaut, accepté comme nouveau
convenor de PGA Europe.
Plusieurs réunions ont eu lieu à Belgrade et à Londres la dernière année
pour préparer cette conférence, dont une à laquelle jai personnellement
participé, il en ressortait pour beaucoup de raisons (organisationnelles et
politiques) une claire incapacité pour DSM dorganiser cet événement.
Néanmoins loption de Belgrade a été maintenue par défaut dune autre
perspective, en raisons de relations personnelles fortes et intéressantes
engagées avec des personnes sur place, et pour lintérêt politique dorganiser
une telle rencontre en Serbie (à lest et dans une ville bombardée par lOTAN).

Une fois quon se ballade dans les rues de Belgrade, on peut se dire que
Kusturica nest quun vulgaire photographe, que son génie créatif se limite à
avoir pris une caméra pour filmer la folie qui habite les lieux.
Après avoir passé la frontière serbe, on sait quon entre dans un univers non
policé et organisé. A la fois, il y a le côté agréable de ce chaos, comme
labsence de supermarchés et de panneaux de pub, de banques et de centres
commerciaux. Et puis, le côté déroutant de ces tas dordures déversés un peu
partout, des routes où on na pas pris la peine décrire le nom, et dune
manière générale dêtre dans un pays dont on connaît la puissance des mafias
et où on sait que létat ne contrôle pas vraiment la situation.
Organiser une conférence de PGA dans ce contexte, cétait bien sûr sexposer à
beaucoup dennuis et de complications à gérer.
En même temps, cétait une manière de nous sortir de nos cadres riches bien
tranquilles et organisés, de nos régions pacifiées et lissées par largent et
la modernité.
Aller jusque Belgrade était un long périple, que nous nous déplacions pour
une fois beaucoup plus sur la carte de lEurope renversait aussi les
perspectives par rapport aux russes, ukrainien-nes, hongrois-es ou
grec-ques, car ce sont eux-elles qui se farcissent dhabitude les 40 heures
de bus.
On est venu-es à cinq avec un bébé dans un bus VW qui partait de Berlin,
mais attention un van taggué dans le plus pur style hip hop, tout vert avec
une sorte de reptile peint sur lavant, et inscrit en grosses lettres « Happy
Rebel ». Avec une telle allure, on ne pouvait faire que forte impression
dans les régions quon a traversées, au bout de deux jours et une nuit de
route sous la première canicule de juillet, on a atterri à Jajinci dans la
banlieue sud de Belgrade. On a monté nos tentes à la lueur des lampes de
poche, et on a pris connaissance des lieux principaux de la conférence, une
école primaire et un jardin denfants. Le début officiel de la conférence
était le 23 juillet, le surlendemain, mais beaucoup de personnes étaient
déjà arrivées, dont toute une équipe de sans-titre qui étaient venu-es en
caravane depuis la France une semaine auparavant. On a été mis-es
immédiatement dans le bain du chaos et du stress qui régnait quant aux
conditions logistiques sur place. Il faut savoir que depuis plusieurs mois,
le groupe DSM, rongé par des conflits internes, avait pour ainsi dire
explosé. Une partie des gens de DSM avaient décidé dorganiser une sorte de
conférence parallèle à Resnick (lemplacement prévu au départ pour la
conférence, à quelques kilomètres de Jajinci). Je ne suis pas parvenue à
éclaircir le détail des conflits, les causes de la rupture ni les options en
présence. Il se faisait en tous cas que des 25 personnes que javais
rencontrées à Belgrade en octobre, plus aucune nétait présente à Jajinci,
excepté le leader charismatique et politicien de DSM qui était toujours à
son poste de « grand communicateur ». Seules quatre ou cinq personnes de
Belgrade avaient porté jusquà ce moment lorganisation pratique de la
conférence, ce qui était clairement dérisoire par rapport à la quantité de
choses à préparer, ce sont donc les hollandais-es, anglais-es et français-es
arrivé-es avant le début qui ont de justesse colmaté les trous pour assurer
ces questions. Le manque de personnes connaissant bien le terrain et la
langue locale a posé pas mal de problèmes, mais rien na finalement été
insurmontable.
Jajinci est une sorte de banlieue chic de Belgrade, pas vraiment le
« quartier industriel » dont on nous parlait dans les mails de préparation.
Certains lavaient surnommé le Beverly Hills de Belgrade. Cest vrai que les
maisons ressemblaient plutôt à des villas et étaient beaucoup moins
délabrées que ce quil y avait plus loin, mais il faut quand-même souligner
que ces maisons semblaient en chantier permanent, auto-construites par leurs
habitants mâles. Jai eu loccasion de discuter avec plusieurs personnes du
quartier, ils semblent que cétaient des gens qui avaient travaillé pas mal
dannées à louest pour ramener de largent, notamment comme maçons ou
man½uvres sur des chantiers, et qui étaient donc au top pour construire
eux-mêmes leurs maisons.
La place accordée aux enfants était un point qui avait pris une bonne place
dans la préparation de la conférence, et lorganisation quotidienne dateliers
de jonglage ou de peinture fut certainement un ciment important des
relations avec les habitant-es du quartier. Pas mal de jeunes et dados (qui
sexprimaient pour beaucoup très bien en anglais) étaient présent-es
quotidiennement sur le site pour participer à différents ateliers ou
discuter avec les gens.
Leur présence créait vraiment une passerelle avec les autres habitant-es du
quartier, illes jouaient les traducteurs quand on en avait besoin,
constituaient une sorte déquipe diplomatique informelle.
Le groupe londonien Ryhtms of Resistance, une samba queer dont on avait déjà
pu apprécier les talents au cours du camp No Border à Strasbourg, faisait
également des merveilles en termes déchange interculturel. Illes
organisaient tous les après-midi des ateliers de samba ouverts à tous-tes.
Dintégrer de la sorte des tas de personnes qui ne se connaissent pas du tout
dans un rythme commun, avec une patience et une pédagogie remarquables,
créait une sorte dénergie collective tout à fait surprenante. De plus, comme
cela se passait en plein air dans la cour de lécole, des tas de personnes
aux styles les plus mélangés sasseyaient ensemble pour profiter du
spectacle,  des punks les plus typés souriaient aux mamies serbes enchantées.
Ces quelques éléments plutôt sereins de relation avec lespace local ne
supprimaient néanmoins pas la pression due à la présence de nombreux groupes
nationalistes organisés en Serbie, et à létat desprit xénophobe assez
général. La présence affichée de personnes homosexuelles ou transgenres dans
le camp par exemple créait pas mal de tensions, notamment sous forme de
graffitis anti-gays à répétition. Les looks atypiques et punks dune manière
générale (piercings, dread locks, cheveux colorés, inscriptions anarchistes
sur les vêtements et le corps, ) sont très mal tolérés à Belgrade, autant de
la part des flics que de la population. Le bureau de DSM en centre-ville a
dailleurs du être fermé avant le début de la conférence, après que des
copain-ines français-es se soient fait taper dessus et menacer très
violemment par des voisin-es en colère qui les traitaient de drogué-es et
bon-nes à rien.
Régulièrement après la tombée de la nuit, des jeunes du quartier qui
venaient boire de la bière sur le lieu du camp, ou jouer au volley,
commençaient à faire des saluts nazis et à crier des slogans antisémites.
Jusquà la fin de la conférence, cette atmosphère de rumeurs dattaques
fascistes a crée une tension latente et permanente, dautant plus après la
projection dimages de la gay pride du printemps dernier à Belgrade au cours
de laquelle les participant-es se sont fait cogner ultra-violemment par des
groupes de skins organisés, sous le regard passif de la police.

Pour en revenir au déroulement de la conférence en elle-même, il y a la
difficulté quune rencontre comme celle de lAMP ne peut se résumer à des
workshops et des décisions  politiques.
Un tel événement tire sa force et son énergie, sa substance de toutes les
conversations et moments informels qui vont survenir entre des personnes,
ainsi que de la multitude danecdotes issues du jaillissement de la réalité
concrète.
Ce patient travail de tissage humain ne peut bien sûr se synthétiser ni
senvisager de manière exhaustive. Il sera différent pour chaque personne qui
se sera trouvée là, quel que soit son degré dimplication et les raisons de
sa présence. Les conséquences à moyen et long terme dun tel vivier de
nouvelles connections sont toujours imprévisibles.
Mais je peux vous en donner une idée, un petit aperçu.

Le choix des grandes thématiques a été lobjet de violentes polémiques
pendant toutes les réunions de préparation, particulièrement ce quon appelle
en anglais la gender issue, cest à dire tout ce qui concerne lantipatriarcat
et la réflexion politique sur les causes et effets de lidentité sexuelle. Le
fait par exemple daccepter la présence à lintérieur du camp dun espace
non-mixte réservé aux femmes a fait lobjet de palabres et déchanges de mails
interminables. Les remises en question des rapports de domination genrés
dans la société en générale et dans les groupes politiques en particulier,
qui ont été beaucoup évoquées dans les réunions de préparation ont causé un
départ en masse de femmes de DSM. Même si lespace non-mixte et la
proposition dune journée exclusivement consacrée aux genres ont finalement
été acceptées, pas mal de féministes ne sont finalement pas venues,
découragées par lambiance dhostilité générale à ces questions. Malgré toute
la difficulté de faire apparaître ces questions dans le débat collectif et
le découragement que cela peut engendrer chez certaines personnes, une fois
la dynamique enclenchée, elle porte toujours des effets importants. La
journée sur les genres a été marquées par des grandes assemblées dhommes au
visage sérieux et pensif, qui discutaient de la déconstruction de lidentité
masculine. Les échos qui men sont parvenus laissent penser que ce type de
remise en question collective ébranle des certitudes, et aura peut-être des
effets durables. La zone de campement non-mixte femmes a été respectée et a
certainement permis une plus grande présence et force des femmes impliquées
dans le processus. Elle a également servi de zone de repli dans une
situation de crise où une femme a été tabassée par son copain durant la nuit.

Dune manière générale, la plupart des débats politiques ont eu lieu en
petits groupes sous forme dateliers de discussion préparés et proposés par
des groupes avant la conférence. Il y avait une salle de projection où toute
une série de films activistes ont pu être présentés. Les gens impliqués dans
le processus Indymedia (sorte dagence de presse autogérée et à publication
libre sur internet) étaient fort présents, il y avait une salle remplie
dordinateurs qui tournaient 24h sur 24 et bien sûr une connexion haut débit
à internet.
Cette question de la place si importante et structurante de linformatique et
dinternet dans les réseaux activistes a fait lobjet dun débat fort
intéressant et passionné, dans le cadre dune après-midi dateliers de
réflexion sur la société industrielle. Vous en entendrez peut-être parler
plus en détails ultérieurement.

Un peu plus de 300 personnes ont pris part à cette conférence, venues de
Hollande, dEspagne, dItalie, de Hongrie, de Belgique, de France, de Pologne,
dUkraine, de Russie, de Tchéquie, de Slovaquie, dAngleterre, de Croatie, de
Slovénie, de Grèce, dAllemagne, dAustralie, du Venezuela, dAutriche, de
Suisse, de Finlande, de Suède, de Roumanie, plus ceux et celles que je nai
pas vu-es. Il y avait comme toujours cette ambiance particulière à la fois
de suspension et daccélération du temps qui se produit dans ce type de grand
Powow où les gens sont tous hors de leur routine et discutent d à toute
heure du jour ou de la nuit.


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